Violence, football, ultras : l'envers du cliché
Introduction : comprendre les phénomènes de violence dans le football, les analyser, expliquer leurs manifestations comme leurs motivations, ne signifie pas pour autant les excuser. Cependant, cela me semble un préalable indispensable pour mieux appréhender l'actualité récente ainsi que le traitement particulièrement important ces derniers temps des phénomènes en question dans les médias. Être conscient d'un certain nombre de réalités constitue un bagage appréciable avant de pouvoir disserter sur le sujet et d'exprimer une opinion argumentée, qui de toute façon ne peut que difficilement être favorable vis à vis de tels agissements. Essayons, si vous le voulez bien, non pas de répondre à toutes ces problématiques, mais d'au moins débroussailler quelques pistes de réflexion afin de sortir des habituels raccourcis et autres simplifications hâtives.
Pourquoi la violence dans le football ? Lire la réponse Quelles formes de violence dans et autour des stades ? Lire la réponse Quelles solutions pour endiguer le phénomène ? Lire la réponse Les supporters ultras, souvent montrés du doigt, sont-ils violents ? Lire la réponse Y a t-il eu une évolution ou/et un changement dans les attitudes des mouvements ultras ?Lire la réponse Un des problèmes ne vient-il pas des responsables des groupes ultras qui n'ont pas pu ou n'ont pas su (ou même n'ont pas voulu) faire le ménage dans leurs propres groupes ?Lire la réponse Les supporters nîmois sont-ils violents ?Lire la réponse Quid des rapports entre supporters de manière générale et police ?Lire la réponse Quel avenir pour les supporters ultras ?Lire la réponse Conclusion : "Il est temps que les familles reviennent dans les stades", "Les virages sont infestés de voyous", "Le football est un sport pourri contrairement aux autres", autant de clichés récurrents qui ne tiennent plus debout lorsqu'on gratte un peu les apparences.
On pourra rétorquer qu'un supporter toulousain a été lynché en Serbie, qu'un parisien a été abattu par un policier (quoique plus truand que policier comme le démontrèrent des affaires le concernant) ou que récemment un parisien a succombé à la guerre socialo-politico-ethnique qui ronge le Parc des Princes depuis vingt ans. Trois morts tragiques en quatre ans, alors que les incidents d'envergure mineure ou moyenne ne cessaient de décroître. C'est malheureusement tout ce que l'opinion publique retiendra : les stades sont dangereux, infestés de voyous, le foot est pourri.
La faute aux ultras, aux hooligans ? Pas seulement, après tout, ils facilitent la tâche des pouvoirs publics puisqu'avec eux les incidents sont localisés et prévisibles ! La faute à la société qui porte en elle-même des germes de violence s'étalant quotidiennement au vu et au su de tout le monde ? Peut être, mais trop facile de se reposer sur ce simple argument.
Il s'agit sans doute d'un ensemble extrêmement complexe d'éléments. A défaut de mesurer au gramme près la part de responsabilité de chacun d'entre eux dans les maux du football, nous espérons au moins avoir éclairci certaines zones d'ombre et déchiré de vieux clichés poussiéreux parfois flous, parfois surexposés ou truqués.
Pourquoi la violence dans le football ? Le sport est peu violent, tant sur le terrain que dans les gradins, si on ose le comparer à ses ancêtres du Moyen-Âge et de l'Antiquité. Pourtant, le sport demeure générateur de violences, à la différence d'autres manifestations populaires comme des meetings politiques ou des concerts de rock. A chaque fois qu'un phénomène de violence se manifeste dans un stade, on fustige cela en disant que c'est totalement contraire à l'éthique sportive et que les auteurs des violences sont des fossoyeurs du sport : "pseudo-supporter", "hooligan" sont quelques uns des termes que l'on retrouve souvent dans l'imaginaire collectif.
Certains sports n’entraînent pas de violences, comme le rugby ou le tennis. Seul le football semble s’accompagner de ces dernières. Y aurait-il un esprit football pourri, contrairement à l’esprit des autres sports qui serait sain ? Le football est le seul sport qui rassemble dans un stade toutes les couches de la société, les femmes, les enfants, les chômeurs, les cadres, etc. De plus, le football est le sport le plus populaire, un des plus pratiqués, un de ceux qui existent à travers la terre entière, quelles que soient les cultures et les catégories sociales. Comme le rappelle Yves Vargas (in
Sport et Philosophie), à Rome, l’amphithéâtre n’était jamais le cadre de violences tandis que le cirque oui, alors que justement, le cirque rassemblait toutes les couches de la société et déplaçait donc les conflits sociaux qui les opposent depuis la rue vers l’enceinte du cirque. Ceci est applicable dans une certaine mesure au football moderne, notamment lorsqu’on connaît les différenciations sociales selon les tribunes, ou bien l’animosité entre supporters selon la place qu’ils occupent dans le stade ainsi que leur âge. Cette violence est, selon l’auteur, le fait non de ce qu’il appelle « l’anti-sport » mais au contraire des
« supporters du sport, au sens où le sport est le combat le plus ordonné qui soit, mais il est porté par des foules anarchiques dans certains cas. » Ce qui est certain, c'est que le football n'est pas plus intrinsèquement porteur de violence qu'un autre sport. Dans les pays où il est le sport de référence, il entraîne des violences. Mais en Suisse, c'est le hockey sur glace, sport extrêmement populaire, qui engendre des violences. En Grèce, au basket-ball, des groupes de supporters en viennent parfois aux mains. Même dans des pays réputés très stables, notamment du fait d'un pouvoir politique autoritaire, les incidents arrivent. En décembre dernier, au Laos, terre du bouddhisme et du pacifisme certes mais sur laquelle le pouvoir politique hérité du soviétisme n'est pas pourtant pas conciliant vis à vis des fauteurs de trouble, durant les 25e Jeux d'Asie du Sud-Est, une bagarre a éclaté sur le terrain lors d'un match de football et des heurts furent à déplorer dans la capitale Vientiane. La violence toucherait ainsi en priorité le sport le plus populaire, celui qui, dans son enceinte, rassemble toutes les couches de la société et donne un écho aux conflits sociaux qui les opposent à l'extérieur. L'habituelle comparaison avec le rugby ou le tennis est un non-sens, tant justement ces sports intéressent des catégories sociales bien particulières et non la totalité du corps social. On oublie trop rarement que le premier nommé auquel on prête tous les bienfaits est resté, jusqu'il y a dix ans environ, l'apanage d'une communauté blanche, et ce pas seulement en Afrique du Sud, tandis qu'il est inutile de présenter les caractéristiques du second.
Triste à dire peut être, mais la violence fait à ce point partie de l'entourage du sport populaire que même une répression acharnée ne peut la faire disparaître à cent pour cent. On a souvent tendance à oublier, en citant le prétendument exemplaire cas anglais, que la violence dans les stades est toujours présente, mais s'est reportée vers les divisions inférieures, où la sécurisation des stades est bien moindre. Pas de fatalisme pour autant, il est possible d'imaginer un football professionnel qui ne s'accompagne pas de violences régulières. Mais on continuera très vraisembablement de se battre, joueurs comme supporters, sur les terrains amateurs, et pendant bien longtemps encore...
Retourner au début de l'article Quelles formes de violence dans et autour des stades ? Autant être clair d'entrée de jeu : les phénomènes de violence dans et autour des stades ont considérablement diminué ces dernières années, de manière inversement proportionnelle à la couverture médiatique qui en est faite.
On a coutume d'opposer, gardant en mémoire les remarquables études de Christian Bromberger à ce propos (
Le match de football, ethnologie d’une passion partisane à Marseille, Naples et Turin) violence spontanée et violence préméditée. Sans rentrer dans les détails, la première, en radicale voie de disparition, peut être causée par le public dans son ensemble, suite à une défaite, une mauvaise décision de l'arbitre ou tout autre fait de jeu. Dans cette forme de violence, c'est la furie de la foule qui entraîne les individus, qu'ils soient ultra, hooligan, simple supporter ou père de famille jouissant d'une bonne situation. Elle s'explique par le déchaînement passionnel qu'entraîne le sport majeur, populaire, comme expliqué précédemment. La seconde forme de violence est calculée à l'avance comme son nom l'indique et elle est généralement le fait de groupes de supporters organisés : hooligans, qui recherche systématiquement les incidents sans participer à l'ambiance, ou bien ultras, dont la raison d'exister principale est l'animation du stade, mais qui ne refusent pas le recours à la violence.
Il y a encore dix ans, on pouvait voir, très rarement toutefois, des supporters adverses en découdre dans l'enceinte même du stade : PSG/Marseille en 1999 ou PSG/Galatasaray quelques années plus tard. Il est parfois arrivé plus récemment que des rixes éclatent entre supporters d'un même camp, dans une même tribune, comme à Marseille récemment où le groupe des Winners s'est battu avec le groupe de la Cosa. Cependant, bien que faisant partie de la violence au sein des stades, ce cas, ainsi que les exemples similaires, ne changent rien à la donne, puisque des incidents à l'intérieur d'une même tribune entre supporters d'une même équipe, ou bien des affrontements avec les stadiers voire les forces de l'ordre (Lyon/Bordeaux en 1/4 de finale de la C1 dernièrement, avec une charge de la police qui a entraîné des plaintes de la part de plus de cent supporters girondins, une première), peuvent survenir à n'importe quel moment, quelle que soit l'ampleur du dispositif de sécurité mis en place.
Le report des violences de l'enceinte des stades vers l'extérieur est une preuve de la sécurisation croissante de ces derniers. D'ailleurs, la plupart des interdictions de stade, lorsqu'elles ne sont pas dues à l'introduction de fumigènes, concernent des "fight" improvisées ou organisées dans les abords plus ou moins immédiats des stades. Cela reste un phénomène relatif au football, nonobstant tout le dédain qu'on peut montrer pour de tels agissements. L'argument des familles ne pouvant plus se rendre dans les stades ne tient pas beaucoup lorsqu'on analyse avec un tant soi peu de profondeur les phénomènes de violence dans le cadre du football. Les stades sont de plus en plus sûrs, notamment grâce à l'augmentation des dispositifs de sécurité, de palpation, la meilleure formation des policiers, stadiers et stewarts, ainsi que l'inévitable vidéo-surveillance qui remplit un double rôle, dissuasif et répressif.
Retourner au début de l'article Quelles solutions pour endiguer le phénomène ? Dire que la "répression" par la loi ne fonctionne pas serait malhonnête. Il n'est certes pas particulièrement agréable d'être fouillé, y compris sur les parties génitales, comme un terroriste potentiel à chaque fois qu'on rentre dans un stade ni d'être scruté pendant toute la durée du match par de multiples caméras de surveillance plus ou moins dissimulées, mais c'est une mesure de sécurité qui s'est avérée indispensable pour prévenir les incidents.
Aujourd'hui, à l'intérieur des stades, les problèmes disparaissent peu à peu et se limitent à des banderoles parfois jugées insultantes ou au problème toujours persistant des engins pyrotechniques. La loi du 6 décembre 1993 relative à la sécurité des manifestations sportives, dite loi Alliot-Marie, votée notamment en réaction à des évènements comme le tabassage de plusieurs CRS lors d'une rencontre PSG/Caen, a été la première en France à combattre les phénomènes de violence ainsi que les fumigènes (précédemment utilisés comme arme à plusieurs reprises) à l'intérieur des stades, bien qu'elle n'ait pas de suite été appliquée à la lettre. C'est notamment cette loi qui a instauré les palpations, accompagnée d'un certain nombre de circulaires qui ont limité le nombre de policiers et CRS dans les stades, les remplaçant par des stadiers : un aveu de la part de l'Etat que la présence disproportionnée de forces de l'ordre constituait une provocation envers le public ! En parallèle, le développement et le perfectionnement de la vidéo-surveillance dans les stades de football permet aux forces de l’ordre d’identifier instantanément tout contrevenant aux lois en vigueur.
Concernant les "fights" autour des stades, bien que l'on soit du domaine de la rixe, de la voie de fait, de la bagarre sur voie publique, les condamnations appliquent souvent des interdictions de stade pour les supporters pris par la patrouille, au motif récurrent de "violence en réunion dans le cadre d'une manifestation sportive", même lorsque la bagarre se déroule à plusieurs kilomètres du stade. La peur de l'interdiction de stade est très dissuasive : rien de pire pour un supporter que d'être privé de sa passion. S'ajoutent à ces interdictions de stade prononcées par des tribunaux, une nouveauté de l'arsenal juridique, introduite en 2005.
Le 22 décembre 2005, le Parlement français a adopté le projet de loi de lutte contre le terrorisme présenté par le gouvernement qui développe la vidéo-surveillance et les contrôles administratifs et aggrave les sanctions pénales. Cette loi contient notamment cette innovation qu’est l’interdiction administrative : les textes autorisent un préfet à interdire de stade tout individu dont le comportement « a constitué une menace répétée » lors de manifestations sportives. La validité de l'arrêté est fixée à trois mois. Grave atteinte à la présomption d'innocence et grave intrusion du pouvoir exécutif dans la sphère du pouvoir judiciaire selon beaucoup de supporters, qui ont parfois réussi à faire valoir leurs droits devant un tribunal et rendre caduque la mesure administrative sur le coup de laquelle ils se trouvaient. Les supporters apprécieront qu'on s'intéresse à eux dans le cadre d'un projet de loi de lutte contre le terrorisme...
A cela s'ajoute la possibilité pour la préfecture de dissoudre une association, juridiquement constituée ou seulement association de fait, qui se livrerait à des activités violentes à la promotion d'idées incitatrices à la haine raciale. C'est ainsi que les supporters parisiens des Boulogne Boys ont été dissous en 2008, et que la rumeur parle pour la fin de la saison d'une série de dissolutions administratives à grande échelle...
Dissoudre les groupes violents peut être une solution. Le problème concerne alors les individus réellement violents, qui étaient encadrés, tempérés, modérés par l'existence d'associations et toute la gestion que ces dernières impliquent, l'aspect "violence" n'étant dans les groupes ultras visés qu'une partie minime, négligeable de leur activité. Que faire alors ? Dissoudre les groupes supposés violents et prononcer des interdictions administratives à l'encontre de leurs ex-membres et membres supposés, au risque de multiplier les recours et les annulations pour vice de procédure ou autre raison et au risque de priver des personnes totalement innocentes de leur passion ? C'est la voie apparemment choisie. La violence sera assez largement éradiquée, au prix d'un certain nombre d'atteintes à la liberté, mais persistera toujours, soit dans des divisions inférieures, soit plus loin encore des stades et des villes.
Il est intéressant de remarquer par ailleurs que les palpations à l'entrée du stade sont toujours inégalement menées selon les tribunes, entre d'un côté supporters des classes populaires, supporters adverses, deux catégories parmi les plus surveillées, ce qui est certes compréhensible puisque c'est en leur sein qu'on constate généralement l'apparition d'incidents, et de l'autre supporters des tribunes latérales ou des loges, parfois même pas fouillés à l'entrée, ce qui, même s'ils sont moins provocateurs d'incidents potentiels, constitue une sorte de ségrégation nullement prévue par les textes de lois et qui ne peut que renforcer les tensions sociales.
Retourner au début de l'article Les supporters ultras, souvent montrés du doigt, sont-ils violents ? « Si vous enlevez complètement la violence, vous n’êtes plus ultra. Pour autant, cela ne veut pas dire faire n’importe quoi », résumait un des leaders des Ultras Marseille (CU'84) interviewé par le mensuel So Foot n°41 de février 2007. Ceci nous renvoie à ce que ces supporters appellent la mentalité ultra, qu'ils résument souvent en citant l'expression italienne tifo e violenza, à savoir supportersime et violence. Le grand public connaît le phénomène ultra par les tifos (animations d'envergure mettant des couleurs dans la tribune par le biais de divers supports) ou encore les chants. Mais aussi et surtout à cause de la réputation sulfureuse de ces supporters. Est-elle usurpée ? Pas totalement.
Le mouvement supporter ultra naît réellement en Italie à la fin des années soixante et tout au long de la décennie 70, bien qu'aient auparavant existé des formes de supporterisme actif similaires au Brésil ou en ex-Yougoslavie, et ce dès les années cinquante. C'est un mouvement contestataire dès l'origine, qui prend ses sources dans un contexte bien particulier. D'un point de vue social, le printemps 1968 n'a pas entraîné des heurts qu'en France, tandis que le choc pétrolier de 1973 ainsi que la crise économique qui a suivi ont accompagné l'émergence dans la vie active d'une jeunesse quelque peu désabusée, en quête de repères. S'ajoute à cela le contexte politique international, celui de la guerre froide et de l'opposition idéologique que l'on retrouve aujourd'hui encore dans les tribunes, sous des formes d'expression d'idées à caractère politique plus ou moins diffuses.
Le nom "ultra" prête à confusion. Bien qu'il n'ait d'autre signification que ses origines latines, à savoir qu'il exprime une notion d'excès, une volonté d'aller "au-delà", il est dans l'imaginaire collectif associé aux ultras (sous-entendu ultras royalistes) qui combattaient la Révolution française et la Ie République dans ses balbutiements), ou bien aux ultras (sous-entendu ultras de l'OAS, partisans de l'Algérie française), deux cas bien particuliers dans lesquels le préfixe "ultra" tient lieu de substantif pour désigner un groupe de personnes. Cet imaginaire collectif donne une connotation négative tout sauf négligeable à ce type de supporters, qui bien que faisant preuve d'excès divers, ne bascule que très peu dans l'extrémisme, contrairement à ce que leur nom pourrait amener à penser.
Qui sont les supporters ultras ? A l'origine, des jeunes, ne formant pas une quelconque forme de lumpenproletariat contrairement à l'imaginaire collectif et pour beaucoup issus de la classe moyenne. Il existe des éléments à la dérive qui cherchent à se construire une identité par l'intermédiaire de la vie associative et de l'impression d'appartenir à une bande, mais beaucoup d'entre eux sont des Monsieur Toutlemonde, qui ont un travail (s'ils étaient tous chômeurs et alcooliques, pourquoi protesteraient-ils contre les matchs en semaine ?), une famille ou bien sont étudiants. La somme de travail considérable que représente la gestion d'une association de plusieurs centaines voire milliers de membres nécessite une grande stabilité et un investissement personnel de la part de personnes responsables et équilibrées. Loin des stéréotypes les présentant comme des hordes d’alcooliques, drogués, violents ou même comme des jeunes en manque de repères, les ultras forment un pan tout à fait singulier du public des stades, car c’est la seule frange de ce même public qui est organisée et revendique l’appartenance à un modèle, un mouvement, qui plus est un mouvement qui dépasse les frontières. C’est grâce aux supporters ultras que nos stades sont animés et ce n’est pas seulement leur faute si parfois la violence s’invite dans le cadre du football. Certes, ils ne rejettent pas cette dernière, mais n’en font ni l’apologie, ni une raison d’exister.
En effet, ils font partie de la frange des supporters que l'on pourrait qualifier de virulents. Pourtant, les forces de l'ordre ne s'y trompent pas : dans leur classement de la dangerosité des supporters, très peu d'ultras figurent dans la catégorie C, celle constituée d'individus à surveiller en priorité, et la majorité se situe dans une catégorie B, celle d'un public relativement calme qui peut cependant être amené à des dérives lorsque ce même public juge les circonstances inacceptables, provocantes, ou lorsqu'il juge que sa sécurité est en jeu. Les ultras ne sont pas des individus recherchant systématiquement la violence, violence qui d'ailleurs n'est, même chez les hooligans, jamais aveugle tant elle est codifiée par un certain nombre de règles complexes qui visent bien plus, lors de l'affrontement physique, à provoquer l'humiliation ou la fuite de l'adversaire que sa destruction. Cependant, ils ne la renient pas pour autant, notamment lorsqu'ils cherchent à défendre leur honneur ou bien jugent leurs intérêts menacés, que cela soit par un groupe de supporters adverses ou par les forces de l'ordre.
Retourner au début de l'article Y a t-il eu une évolution ou/et un changement dans les attitudes des mouvements ultras ? Au cours des vingt à vingt-cinq dernières années, en France, les supporters ultras ont, dans leur ensemble et sans exception notable, tenté de s'ouvrir au grand public et de moins tenter de cultiver un certain secret qui pouvait les entourer, du fait notamment de l'aspect "underground" de leur mouvement. Cette volonté de reconnaissance, d'ouverture voire même de légitimisation ou d'institutionnalisation, puisqu'ils veulent être reconnus comme des acteurs à part entière du football du fait du poids qu'ils prétendent avoir, s'est matérialisée par un changement assez radical dans leur approche de la violence, une responsabilisation accrue et une tentative de conquête des médias.
Avec l'intransigeance toujours plus grande de la loi et des forces de l'ordre à l'égard de leurs débordements, les ultras n'ont guère eu le choix : il leur a fallu réduire considérablement le nombre d'incidents. Il y a vingt ans environ, le vol de bâche (affront ultime pour un groupe) était une sorte de compétition dans laquelle Marseillais ou Stéphanois entre autres excellaient, quitte à provoquer des violences. C'est désormais devenu chose rare, du fait d'une vigilance accrue de la part des groupes, mais également d'une tendance très nette à la décroissance des incidents.
Durant les années 1990 s'est développé, dans quelques stades, un phénomène d'ultras dits "sympas", comme à Gueugnon ou au Mans avec les Worshippers qui existent encore aujourd'hui, des supporters actifs refusant toute forme de violence. Cependant, leur impact est resté assez marginal et ils n'ont jamais été considérés par les autres ultras comme faisant partie des leurs.
Parallèlement à cela, l'arrivée à maturité de groupes, en terme de nombre de membres et donc d'impératifs de gestion toujours plus grands, a amené une responsabilisation croissante de chacun des membres. La réalisation de tifos et d'animations toujours plus élaborés a permis au grand public de découvrir peu à peu la facette positive de ces groupes qui étaient vus comme marginaux, d'autant plus que ces derniers allaient peu à peu constituer une réelle vie associative, avec l'acquisition ou la location de sièges qui permettent à leurs membres de se réunir pour travailler à la réalisation de drapeaux, banderoles, ou bien tenir des réunions nécessaires à leur fonctionnement administratif.
La volonté des ultras de devenir des acteurs à part entière, souvent contestataires certes mais dont la voix serait reconnue, les a amenés à se doter d'une réelle existence juridique ainsi qu'à dialoguer de manière de plus en plus régulière avec leurs interlocuteurs habituels : clubs, responsables de la sécurité, responsables des forces de l'ordre, joueurs, dirigeants, mais également médias. La relation entre supporters ultras et ces derniers est d'ailleurs assez intéressante, voire même délicate.
D'un côté, les ultras se dotent de plus en plus de moyens de communication modernes : feuillets d'information distribués dans les tribunes, fanzines (contraction de fans et magazine) à parution généralement mensuelle, bimestrielle, trimestrielle ou annuelle, intervention dans les médias, création de certaines publications spécialisées (Sup'Mag, Génération Ultra, Culture Tribunes, etc.), apparition dans des émissions radiophoniques ou télévisées, sites Internet, publication de livres retraçant l'histoire de certains groupes, etc. Le but est bien souvent de mettre en lumière le côté positif du monde ultra, à savoir la vie associative, les actions caritatives, le côté social qui permet à de nombreux jeunes défavorisés d'acquérir un certain nombre de valeurs et de repères à travers cette vie associative, l'organisation d'évènements divers, ainsi que bien entendu le soutien inconditionnel et indéfectible à l'équipe pendant les matchs, à domicile comme à l'extérieur.
De l'autre, il existe une méfiance récurrente envers les journalistes, souvent accusés, à tort ou à raison, de mal percevoir le phénomène supporter, de se livrer à des raccourcis fâcheux, ou encore de volontairement détourner les reportages qui sont faits. A ce propos, la plupart des émissions de télévision à propos des mouvement ultra ou hooligan sont de qualité inégale et généralement dénuées de la moindre référence sociologique, dont le listing rébarbatif et exhaustif serait contre-productif, mais dont l'exposé de quelques notions n'en demeure pas moins néanmoins indispensable à la bonne compréhension du phénomène. En définitive, le travail d'investigation est souvent inexistant pour ce qui concerne les émissions télévisées, au contraire de certains articles de la presse nationale, ou d'émissions de radio, souvent argumentés grâce à l'avis de spécialistes de la question.
Mais les journalistes ne sont pas les vilains méchants que les ultras cherchent si souvent à dénoncer. Bien souvent, ce sont les supporters eux-mêmes qui se refusent à commenter et à assumer certains de leurs actes, renforçant alors le sentiment d'opacité duquel ils cherchaient à sortir, en vertu de la simplification aussi enfantine qu'erronée selon laquelle les journalistes seraient tous des vendus acquis à la cause de la disparition des ultras, sorte de paranoïa largement répandue à l'intérieur des groupes. Les ultras doivent comprendre que leurs agissements répréhensibles ne seront jamais tolérés ni excusés par un quelconque média digne de ce nom, et ce en vertu de l'impartialité à laquelle tentent difficilement de s'astreindre la plupart des journalistes. Passer sous silence un acte de violence n'est pas dans leurs manières et ce n'est naturellement pas par haine aveugle que les journalistes condamnent ces faits jugés contraires à l'éthique sportive, mais parce qu'ils sont de toute manière inconcevables pour toute société démocratique visant la coexistence pacifique de ses citoyens.
Retourner au début de l'article Un des problèmes ne vient-il pas des responsables des groupes ultras qui n'ont pas pu ou n'ont pas su (ou même n'ont pas voulu) faire le ménage dans leurs propres groupes ? Comme partout, des individus se servent de l'effet de groupe comme d'une couverture pour commettre des actes qu'ils n'oseraient pas faire en dehors de ce cadre. Il est indéniable que dans certains groupes, des individus soient présents non pas parce qu'ils aiment le football, mais parce qu'ils recherchent des sensations fortes, le moyen de se défouler, le moyen d'assouvir leurs pulsions viriles, le moyen de se sentir fort et entouré d'amis, c'est l'effet de la bande. Difficile de dire si cela constitue une vérité générale ou se limite à quelques groupes. Il est probable qu'on retrouve ce genre de personnes "perdues" un peu partout. Reste à savoir dans quelles proportions, ce à quoi il est très difficile de répondre.
Même si les groupes ultras avaient modéré, tempéré les ardeurs de leurs éléments les plus violents et les plus impulsifs, voire des vandales en herbe, ainsi que des plus cons tout simplement, ceux qui ne sont pas forcément violents mais font absolument n'importe quoi dans le seul et unique but de se faire remarquer, probablement que la réponse des pouvoirs publics au phénomène ultra serait différente. Plus mesurée, plus compréhensive, peut être même qu'une solution multilatérale aurait été cherchée et que le tout-répressif n'aurait pas été mis en avant comme il l'est actuellement.
Ceci dit, répétons-le une fois de plus, l'affrontement physique fait partie du "délire" ultra, comme les intéressés le disent eux-mêmes, même si ce n'est pas ce qui est recherché. Un derby dans la possibilité d'exprimer une supériorité physique sur l'adversaire, c'est de l'adrénaline en moins. Un déplacement dans un stade glauque, situé dans un quartier sensible, c'est aussi de l'adrénaline. Le danger fait partie des motivations, pas principales certes, mais non négligeables, des amateurs de football se revendiquant ultras et ce même, rappellons-le encore une fois là aussi, si le soutien vocal et visuel à l'équipe constitue leur priorité numéro un. Du fait que la violence soit indissociable du phénomène ultra, il aurait tôt ou tard été amené à disparaître dans sa forme actuelle. C'est déjà assez étonnant, lorsqu'on songe à l'histoire du supporterisme ultra en France, déjà 25 ans, que des mesures draconiennes aient été prises si tard. Il faut dire que depuis quelques années, il y a eu plusieurs décès aux alentours des stades, ce qui a joué un rôle considérable dans la décision d'éradiquer toute forme de violence, imputable aux ultras ou non.
Retourner au début de l'article Les supporters nîmois sont-ils violents ? Le quotidien local Midi Libre, et c'est le cas ces tout derniers jours, a parfois tendance à évoquer ce qu'il juge être la mauvaise image véhiculée par les supporters nîmois. Quels sont les faits qui permettent d'affirmer ceci ? De mémoire, la presse avait, il y a six ans, rapporté des incidents à Trèbes lors d'un match de coupe de France où les Gladiators avaient été sauvagement agressés par une bande de jeunes armés venus d'une cité voisine. Les incidents avaient alors défrayé la chronique, bien plus que le jugement qui, quelques années plus tard, mettait hors de cause les supporters nîmois et condamnait leurs agresseurs. Tendance à seulement voir le côté négatif ? Ces incidents, chose très rare, comme ceux d'Arles, s'étaient déroulés dans l'enceinte du stade. Difficile, à part ces deux regrettables épisodes, dans lesquels pour le premier les torts incombent à l'agresseur et semblent partagés pour ce qui concerne le second, de trouver beaucoup de traces d'une supposée violence des supporters nîmois pendant un match de football.
Concernant leur attitude en-dehors du stade, il y a eu un certain nombre d'interpellations par le passé, quelques bagarres et autres faits plus ou moins évoqués par les médias locaux, évènements certes regrettables, répréhensibles, condamnables mais sans équivalent, sans commune mesure avec ce qu'est une véritable mauvaise réputation, construite par des faits précis et non la prose d'une brève, à savoir celle des supporters parisiens, niçois, lyonnais et autres, qui sont des fauteurs de troubles avérés. S'il y avait tant d'incidents causés par les supporters nîmois, pourquoi la presse s'est-elle alors jusque là gardée de les relater ? On pensera certes à l'affaire du local des Gladiators vandalisé à la veille d'un derby la saison dernière, mais jusqu'à preuve du contraire, ce sont des Montpelliérains qui ont été condamnés par la justice.
Ceci dit, "l'image écornée" des supporters nîmois dont parlait récemment Midi Libre n'est peut être pas seulement due aux actes de violence, trop peu nombreux et fréquents pour constituer une raison suffisante. Peut-être le quotidien local cherche-t-il à exprimer une fois de plus à travers cette expression visant à persuader le lecteur du caractère infréquentable des supporters nîmois, le contentieux qui l'a à de multiples reprises opposé aux supporters, à propos du choix du repreneur ou, plus récemment, de la contestation de la gestion du président Gazeau. Fort heureusement, la déontologie journalistique empêche d'envisager toute sorte de médiocre règlement de compte par voie de presse.
Une chose est sûre, les supporters nîmois ne sont pas des voyous et si enquête puis jugement il devait y avoir concernant les évènements d'Arles, nul doute que la justice saura faire la part des choses et évaluer la responsabilité de chacune des deux parties : forces de l'ordre et supporters virulents. S'il s'avère que des représentants de l'ordre public ont été blessés, les auteurs identifiés des actes de violence en répondront devant la loi. De là à généraliser à propos du caractère prétendument violent de l'ensemble des supporters nîmois, il y a bien plus qu'un pas à franchir.
Retourner au début de l'article Quid des rapports entre supporters de manière générale et police ? Du point de vue du supporter lambda, aucune animosité particulière à l'encontre des forces de l'ordre : elles sont là pour assurer la sécurité, dans le stade comme à ses abords. Par contre, il existe une méfiance de manière générale de la part des ultras envers tout ce qui est vêtu d'un uniforme : policiers municipaux, nationaux, CRS et autres gendarmes mobiles.
Ceci est principalement du à la conception qu'ont ces supporters de "leur" ville, de "leur" stade et de "leur" tribune : sinon une zone de non-droit, un "territoire" qu'ils considèrent comme acquis, bien que le stade appartienne au domaine public. Ils n'acceptent donc pas qu'un quelconque intrus pénètre dans ce qu'ils estiment être leur espace vital, qu'il soit représentant de la force publique ou simple stadier. On ne voit d'ailleurs que très très rarement des policiers dans les tribunes, et pour ce qui concerne les virages ou gradins populaires, les stadiers sont presque toujours massés sur la pelouse, dos au terrain. La tribune est un "territoire" dans lequel les groupes d'ultras sont présents depuis plusieurs années, ont leur repères, leurs codes, leurs habitudes, un territoire régi selon leurs règles, qu'ils maquillent parfois de couleurs (fresques peintes dans les coursives de certains stades par exemple). L'intrusion de forces de police, dans la tribune à domicile tout comme dans le "parcage" à l'extérieur, même si la raison semble justifiée en vertu de la nécessité du maintien de l'ordre, provoquera dans 99% des cas un sentiment d'agression qui débouchera sur des violences. On pourra toujours, à juste titre, arguer que le stade ou la tribune n'appartiennent pas plus aux ultras qu'aux autres supporters, ces derniers ne l'entendront jamais de cette oreille et légitimeront leur présence par des arguments comme l'ancienneté, l'activité ou encore le fait que le calme règne tant qu'on les laisse vivre leur passion comme ils l'entendent.
Certains éléments, plus radicaux, font même état d'une haine viscérale à l'égard de toute autorité, arborant des symboles ostensiblement hostiles à l'égard de l'Etat et de ses représentants, à commencer par les traditonnels t-shirts, drapeaux, étendards ou banderoles affichant le sigle A.C.A.B, acronyme de All Cops Are Bastards (tous les flics sont des salauds, ndt.). De même, l'intrusion de forces de l'ordre dans une tribune durant le déroulement d'une partie ainsi que les incidents suivant généralement cette dernière, seront dans la majorité des cas présentés par les ultras comme une "agression" face à laquelle ils n'ont fait que "se défendre". Il serait faux de nier que bien souvent, les policiers et autres CRS ne sont pas du genre à discuter face aux problèmes, mais plutôt à dégainer leur matraque afin de ramener l'ordre par la force (la réputation sulfureuse des dits supporters les confortant dans leur décision de se faire respecter en usant du maximum de fermeté) au risque d'augmenter encore l'ampleur des incidents. Quelques fois, les supporters ont le dessus et la police doit se replier hors de la tribune, avec parfois des blessés à déplorer, quelques fois ce sont les supporters virulents qui sont interpelés, tandis que la plupart du temps, tout rentre dans l'ordre après quelques heurts rapides, sans gravité et quelques mots doux échangés.
Le stade serait-il un lieu de non droit ? La violence dans ces cas là s'explique à la fois par les caractéristiques propres des supporters ultras, et a fortiori de ceux à tendance hooligan, mais également par l'effet de masse. On assiste aux mêmes débordements et batailles rangées lors de certaines manifestations, l'effet de la foule donnant à l'individu la confiance d'agir, croit-il, en toute impunité. Et ce des deux côtés : autant de celui des cheveux longs en baskets, que de celui des bleu marine, pour parodier Coluche.
Des abus existent de part et d'autre. Il est important d'éviter de verser dans la condamnation ferme et définitive d'une des deux parties, ou de défendre l'autre les yeux fermés. Chacune commet ses excès, même s'il est très difficile de prétendre que l'action des forces de l'ordre est illégitime, bien que parfois contestable dans sa forme. Quant à l'amalgame avec les fonctionnaires de Vichy qui eux aussi obéissaient aux ordres, argument parfois cité à l'encontre des policiers distillant des coups de tonfa et vus comme des décérébrés obéissant aveuglément, il est inqualifiable et inadmissible. Comparer le cadre d'une société démocratique et de ses forces de l'ordre, dont l'usage de la violence si nécessaire demeure une prérogative reconnue par la loi, à l'administration d'un régime fossoyeur de la République, dès le départ clairement fascisant puis ensuite complice du plus grand génocide de l'histoire de l'humanité, révèle au mieux un déficit abyssal d'une quelconque forme de culture générale, au pire une perfide malhonnêteté sciemment calculée.
Retourner au début de l'article Quel avenir pour les supporters ultras ? Le mouvement supporter ultra tel qu'on le connaît actuellement est condamné à disparaître.
Du point de vue de la Ligue de football professionnel, des diffuseurs télé ou des clubs, les ultras ne sont pas un public rentable puisqu'ils sont situés dans les tribunes populaires où les places sont les moins chères de tout le stade. De plus, ils constituent des empêcheurs de tourner en rond puisqu'ils ont la capacité de protester en masse et parfois même d'entraîner le reste des supporters dans leurs revendications. Ainsi, à Paris, ce sont les supporters des virages qui ont eu, il y a quelques années, la tête de M. Larrue, alors responsable de la sécurité. A Marseille, on a coutume de prêter aux groupes de supporters la faculté de faire la pluie et le beau temps et on les considère généralement responsables de l'éviction par exemple de Christophe Bouchet. Même à Nîmes où les groupes de supporters ont un poids bien moindre, d'aucuns n'hésitent pas à rendre les Gladiators responsables de l'arrivée de M. Coencas à la présidence du club en 2002. Chose déjà plus plausible et plus facilement vérifiable, la contestation envers la gestion de Jean-Louis Gazeau ces dernières années, bien que le fruit d'une « minorité » pour reprendre les paroles que l'intéressait répétait à l'envi dans la presse écrite, semblait pourtant réellement gêner tant le sujet revenait régulièrement sur le tapis.
Du point de vue des pouvoirs publics, lesquels sont bien entendu soutenus par les protagonistes cités précédemment, les ultras constituent des individus potentiellement dangereux qui peuvent menacer la tranquillité d'une manifestation sportive. La tendance à la tolérance zéro, la sécurisation toujours plus accrue des stades et leurs abords, ainsi que les mesures d'interdiction de stade visant les individus, voire de dissolution visant les groupes, sont des éléments amenés à évoluer crescendo. C'est clairement la fin du duo tifo e violenza.
Les actions menées par les supporters ultras pour tenter de s'unir et de se crédibiliser aux yeux des instances du sport, des médias et de l'Etat sont louables, mais trop peu structurées et d'un écho insuffisant. Même si elles étaient mieux construites, et ce n'est pas renier les efforts des différents groupes impliqués que de dire cela, le premier incident ou la première banderole provocatrice signifierait la fin de toute négociation, les ultras prouvant, non pas qu'ils ne peuvent pas se contrôler, mais qu'en fait ils ne peuvent pas renier ce côté violent, un côté qui, bien que marginal par rapport au reste de leurs activités, n'en demeure pas moins partie intégrante de leur condition.
Serait-ce la fin de toute forme de supporterisme actif ? Considérant que les ultras sont dans 99% des stades LE moteur de l'ambiance, alors on voit mal comment une forme de supporterisme actif pourrait perdurer suite à leur disparition. Paradoxalement, c'est un modèle que beaucoup d'ultras tiennent en horreur qui est susceptible de perdurer le plus. Le modèle marseillais. Les groupes gèrent leurs abonnements et responsabilisent leurs membres, ce qui certes n'évite pas des incidents sporadiques mais largement inférieurs à ceux connus dans d'autres villes. La gestion des abonnements par les groupes, c'est pour le club un moyen de s'acheter une paix sociale, ce qui marche assez bien puisqu'en définitive, les contestations virulentes sont assez peu fréquentes au vu du nombre incalculable de résultats décevants accumulés par le club phocéen ces dernières années. Les supporters marseillais sont parmi ceux qui, en France, sont le moins impliqués dans des incidents divers. Par rapport à la taille des groupes, le ratio arrestations ou interdits de stade est ridiculement bas. Le point négatif selon les autres ultras, c'est le peu d'ambiance dans le stade et le côté "business" de certains groupes marseillais, qui ressemblent à des entreprises, propriétaires de locaux gigantesques et de bus à plusieurs étages, gérant un budget de plusieurs centaines de milliers d'euros chaque année. Les autres ultras reprochent généralement aux Marseillais d'avoir vendu l'esprit ultra, l'esprit contestataire, l'esprit underground, au profit de leur confort personnel. Mais en se reniant, ils s'achètent au moins un sursis par rapport aux autres... et si une forme de supporterisme actif, proche de celle qu'on connaît actuellement, devait perdurer dans un seul endroit, nul doute au vu des circonstances que cela serait quelque part entre l'étang de Berre, la Méditerranée et les calanques. Quoiqu'on en pense.
Mais alors, pourra-t-on objecter, si les supporters ultras disparaissent, comment les diffuseurs vont-ils pouvoir justifier une constante revalorisation des droits de retransmission des championnats professionnels français si ces derniers, en plus d'un intérêt sportif limité, ne bénéficient d'aucun soutien populaire ou engouement ? En Angleterre comme en Espagne, l'ambiance dans les stades est bien moindre à ce qu'elle est en France. Pourtant, les diffuseurs continuent à payer et le football demeure une passion. Mais dans ces pays, le sport roi est bien plus ancré dans les cultures et les esprits, cette fameuse "culture foot". Sans parler du niveau des championnats en question, tout simplement incomparable avec celui de la Ligue 1 française. Les gens continueront à payer leur place et à regarder la télévision, même si les places sont chères. En France, si on enlève le peu de passion et de spectacle qui animent les tribunes les soirs de match et qu'on augmente en parallèle le prix des places, on se demande bien qui voudra payer pour assister à un match de football d'un niveau médiocre et ne provoquant aucun engouement.
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Ecrit par Rahan
28 Avr 2010