Eric Firoud : « Nous ne sommes pas des faire-valoir ! »

Entre ses différentes fonctions de professeur au STAPS de Montpellier et président fondateur du SUN (Sport Université Nîmes), le fils de l'illustre entraîneur et joueur crocodile Kader Firoud, lui même titulaire du DEPF, reste un observateur particulier et attentif de son club de cœur. Pour NO PASSION, il nous livre son analyse sur le Nîmes Olympique.
Quel est ton sentiment sur la saison écoulée et cet authentique miracle réalisé par les crocos qui se sauvent à l'ultime journée ? Je crois qu'on peut scinder la saison en deux temps. Le premier temps a été une accumulation d'erreurs avec notamment un recrutement inadapté, matérialisé par l'incapacité à pallier les blessures de certains joueurs-clés. De plus, je pense que l'on a fait une erreur tactique en misant trop sur l'impact physique au détriment d'une vision et d'une qualité de jeu.
Le second temps coïncide avec l'arrivée de Jean Michel Cavalli et marque le vrai renouveau de cette équipe.
A ce propos, comment juges-tu le travail effectué par Jean Michel Cavalli ainsi que le nouveau discours qu'il a imposé dès son arrivée ? Jean Michel Cavalli a tout d’abord réussi un excellent recrutement. J’en veux pour preuve que toutes ses recrues furent des titulaires indiscutables. Je trouve également que c’est un coach capable de faire évoluer son schéma tactique de manière intelligente. Pour finir je note qu’il n’a pas hésité à faire confiance à des jeunes sur les derniers matchs, comme Haddou ou Parpeix à Metz. C’est une excellente chose.
Dès son arrivée, Cavalli s'est appuyé sur une nouvelle disposition tactique qu'il affectionne : le 5-3-2 avec une animation assez défensive. Il semblerait qu'on s'achemine vers une certaine continuité tactique cette saison. Comment juges-tu ce dispositif ? Comme je l’ai dit précédemment je pense qu’il maîtrise ce système de jeu mais qu’il est aussi capable de le faire évoluer, notamment en passant souvent en 4-4-2 lors des secondes périodes. Il a su s’adapter avec réussite à l’effectif qu’il avait et les joueurs ont du et su s’adapter à ces nouveaux systèmes. Mais je veux souligner qu’il ne faut pas confondre la stratégie, en l’occurrence le 5-3-2 qui est comme un objectif général de jeu et la tactique en elle même qui se définit en fonction de l’adversaire, des événements de jeu, de la nature du match. Il faut être inventif et réactif, je pense que Cavalli l’a été. Je voudrais rajouter que c’est vraiment cette saison qu’on va pouvoir juger du « style Cavalli », avec sa préparation et ses recrues. Cette année il s’est en quelque sorte très bien débrouillé avec ce qu’il avait.
Jean Michel Cavalli, selon certaines sources, est considéré comme l'un des entraîneurs les plus "défensifs" de France, doit-on s'en inquiéter pour le spectacle ? Sur ce sujet je pense qu’il faut que Cavalli se libère un peu. Le style de jeu de la saison écoulée lui a été dicté par les circonstances mais maintenant que nous entamons notre seconde saison en Ligue 2, il faut se lâcher. Je suis opposé à la dictature du goal average qui d’ailleurs ne nous a même pas servi cette saison. Il nous faut jouer toujours la gagne et déployer un jeu plus risqué mais aussi plus ambitieux, j’en suis persuadé. C’est ça le style de jeu à la nîmoise : ambition et combativité. Je pense que Cavalli a toutes les qualités pour que l’on retrouve ces valeurs.
Le contrat de Jean Michel Cavalli a été renouvelé. Il court maintenant pour 3 ans. Il s'est également vu attribuer le titre d'entraîneur général. Est-ce le début d'une certaine stabilité sportive au Nîmes Olympique ? Je l’espère fortement. Tant que chacun reste à sa place et n’empiète pas sur le domaine de compétence de l’autre. L’entraîneur doit avoir la charge du sportif dans son intégralité, recrutement compris.
Et le manager général ? Il doit se contenter de manager, à savoir s’occuper de l’organisation du club et de son animation. En aucun cas il ne doit toucher au sportif.
Concernant le recrutement, le club a misé sur la continuité en renouvelant la quasi totalité de l'équipe de la fin de saison. Comment juges-tu le recrutement effectué pour le moment? J’attends de voir ce que ça va donner sur le terrain. On verra vite si c’est une réussite ou un échec. Il y a certaines recrues que je ne connais pas. Apparemment Cavalli les connait et les suit depuis pas mal de temps, c’est une bonne chose.
Penses-tu que le Nîmes Olympique est capable d'effectuer une saison plus sereine en visant le milieu de tableau ? L’avenir nous le dira, mais je pense que nous en sommes capables.
Abordons le domaine extra sportif : le différend entre Jean Louis Gazeau et Frédéric Sigal a bien failli nous coûter très cher encore cette saison, et la mairie est intervenue dans le règlement du conflit. Comment analyses-tu cette situation ? La convention entre association et SASP portait en elle même les fruits de la discorde. Il fallait réécrire cette convention, ce qui a été fait. Chacun a fait des concessions et de ce point de vue c’est positif. Par contre, je juge très déplacé le chantage effectué par la mairie. Même si elle peut émettre son sentiment, elle n’a pas à s’immiscer dans les affaires du club, et surtout de cette manière, d’autant plus qu’elle connaissait le problème depuis longtemps. A partir de maintenant, il faudra bien que tout le monde réalise que la bataille des égos doit cesser. Les hommes passent, le club demeure et c’est le seul intérêt du NO qui doit guider les hommes.
Jean Louis Gazeau vient de présenter un projet de construction d’un lieu de vie à la Bastide et a clairement fixé un objectif ambitieux : la Ligue 1 dans 3 ans. Considères-tu cela comme réaliste ? Oui. Quand on joue au football c’est pour gagner. Le Nîmes Olympique a vocation à gagner un maximum de matchs dans le but de monter en Ligue 1. Ici on doit porter en soi la fierté de son maillot, nous ne sommes pas des faire-valoir, ce n’est pas la mentalité du coin. Alors oui, nous pouvons monter en 3 ans, même en 1 an !! (sic). On sait que ça sera difficile car nous avons un budget moyen et nous sommes a priori techniquement en dessous de certaines équipes, mais regardez Boulogne ! Le budget ne fait pas tout, surtout à Nîmes où l’on est habitué aux « petits » budgets. Je ne dis pas qu’il ne faut pas travailler à le faire évoluer, mais il faut aussi dépasser ces considérations. Concernant le projet de la Bastide, les installations c’est essentiel mais ça ne fait pas tout. Il nous faut des formateurs et une vraie politique de recrutement et de formation. C’est un travail de longue haleine, 4 à 5 ans minimum, qu’on ne peut pas calquer sur le rythme de l’équipe professionnelle.
Il nous faut être innovants. Nous n’aurons jamais les moyens de certains clubs. Nous sommes condamnés à l’intelligence en rapport avec notre identité propre. Le temps de l’amateurisme doit s’achever.
Le stade Kader Firoud verra-t-il le jour dans un futur plus ou moins proche ? Ce projet te tient-il toujours à coeur ? Que s'était t'il passé exactement à l'époque ? La seule chose qui peut symboliser l’histoire du club et honorer la mémoire de mon père c’est le stade. C’est dans le stade Jean Bouin que le Nîmes Olympique, sous sa direction, a vécu ses plus belles heures. C’est ce que la famille Firoud a dit à Jean Paul Fournier à l’époque. Le reste (nom de rue ou de rond point) n’est pas adapté et ne correspond pas à cette mémoire pour moi. J’espère qu’un jour la ville de Nîmes sera pleinement reconnaissante envers mon père et que le Nîmes Olympique jouera dans le stade Kader Firoud.
Propos recueillis par Guilhem (docteurNO) pour no-passion.com
Ecrit par Guilhem
02 Auo 2009