Les six femmes d’Henri VIII forment l’une des histoires les plus connues de la Renaissance anglaise. Pourtant, derrière la formule mémorisée à l’école – divorcée, décapitée, décédée, divorcée, décapitée, survivante – se cachent des destins bien plus complexes. Voici, dans l’ordre, ce qui leur est vraiment arrivé.
La formule mnémotechnique sur les femmes d’Henri VIII : pratique mais imprécise
Vous avez peut-être déjà entendu cette phrase : « divorcée, décapitée, décédée, divorcée, décapitée, survivante ». Elle circule dans tous les livres scolaires. Elle aide à retenir. Mais elle simplifie beaucoup.
Deux des « divorces » n’en sont pas vraiment. Catherine d’Aragon et Anne de Clèves ont vu leur mariage déclaré nul, ce qui est différent en droit de l’époque : c’est comme si le mariage n’avait jamais existé. Et Anne Boleyn, présentée comme « décapitée », a d’abord vu son mariage annulé quelques jours avant son exécution. Ces nuances changent le portrait qu’on se fait de chaque femme.
Catherine d’Aragon : la première reine écartée pour un héritier mâle
Catherine d’Aragon est la première épouse d’Henri VIII. Elle avait d’abord épousé le frère aîné du roi, Arthur Tudor, mort très jeune. Henri VIII l’épouse en 1509, peu après son accession au trône.
Le problème pour Henri : Catherine ne lui donne pas de fils en vie. Elle est enceinte plusieurs fois, mais presque toutes ces grossesses se terminent mal. Seule une fille, Marie, survit. Pour un roi Tudor obsédé par la succession, c’est une catastrophe politique.
Henri VIII veut annuler ce mariage pour épouser Anne Boleyn, une dame de compagnie de la cour. Le pape refuse de valider cette annulation. Henri VIII rompt alors avec Rome, crée l’Église anglicane dont il devient le chef, et fait déclarer son mariage nul par un tribunal anglais en 1533. Catherine refuse jusqu’à la fin de se considérer comme une simple « princesse douairière ». Elle meurt en 1536, isolée dans un château, probablement d’un cancer, selon certaines sources de l’époque.
Anne Boleyn et Catherine Howard : les deux décapitées
Ces deux femmes partagent le même sort tragique. Et elles sont toutes les deux membres de la famille Howard, l’une des plus puissantes d’Angleterre. Ce détail n’est pas anodin.
Anne Boleyn, accusée de trahison
Anne Boleyn est couronnée reine en 1533. Elle donne naissance à une fille, Élisabeth, future reine d’Angleterre. Mais pas de fils en vie. Henri VIII se lasse et se met à douter.
En 1536, Anne est arrêtée. On l’accuse d’adultère, d’inceste avec son frère, et de complot contre le roi. Ces accusations sont aujourd’hui largement considérées comme fabriquées. Son mariage est annulé quelques jours avant son exécution, ce qui rend sa fille Élisabeth techniquement illégitime aux yeux de la loi. Anne Boleyn est décapitée à la Tour de Londres en mai 1536.
Catherine Howard, trop jeune face à trop de pouvoir
Catherine Howard épouse Henri VIII en 1540. Elle a probablement une quinzaine d’années, lui en a près de cinquante. Elle est jeune, peu expérimentée politiquement, et n’a aucun soutien suffisant à la cour.
On découvre – ou on fait découvrir – qu’elle aurait eu des relations avant le mariage, et peut-être pendant. Qu’il s’agisse de vérité ou de manipulation politique de ses ennemis à la cour reste débattu. Elle est décapitée en 1542, sans jamais avoir pu vraiment se défendre.

Jane Seymour et les deux « divorcées » : trois destins très différents
Jane Seymour : enfin un fils, puis la mort
Jane Seymour est celle qu’Henri VIII a toujours présentée comme sa grande épouse. Elle lui donne ce qu’il cherchait depuis le début : un fils en vie, le futur Édouard VI, en 1537.
Mais Jane Seymour meurt peu après l’accouchement. Son état se dégrade avec de la fièvre. Les sources de l’époque ne permettent pas de poser un diagnostic précis ; la fièvre puerpérale est souvent avancée comme cause probable, sans certitude. Henri VIII portera le deuil longtemps – du moins c’est ce que l’histoire retiendra.
Anne de Clèves : le mariage qui n’a duré que six mois
Anne de Clèves est choisie pour des raisons diplomatiques, sans qu’Henri VIII l’ait jamais rencontrée. Il la découvre à son arrivée en Angleterre et ne la trouve pas à son goût – il aurait dit qu’elle ressemblait à « une jument flamande ».
Le mariage est célébré en janvier 1540. Six mois plus tard, il est déclaré nul. Anne accepte l’annulation sans résistance, reçoit en échange des terres et une pension confortable, et vit tranquillement en Angleterre jusqu’à sa mort naturelle en 1557. C’est elle qui s’en sort le mieux de toutes, à bien des égards.
Catherine Parr : survivante du roi, mais pas de l’accouchement
Catherine Parr est la sixième et dernière épouse. Elle épouse Henri VIII en 1543. C’est une femme cultivée, protestante convaincue, qui joue un rôle actif dans l’éducation des enfants royaux – dont la future reine Élisabeth.
Elle survit à Henri VIII, qui meurt en 1547. Mais son histoire ne s’arrête pas là. Elle se remarie rapidement avec Thomas Seymour, l’oncle d’Édouard VI. Elle donne naissance à une fille, Mary Seymour, et meurt en 1548 de complications liées à l’accouchement.
Catherine Parr, présentée comme « survivante », meurt elle aussi après un accouchement – simplement celui-ci a lieu après la mort du roi. Ce détail change le résumé habituel : elle survit à Henri VIII, oui, mais pas longtemps à son mariage suivant.
Ce que ces six destins racontent sur la cour Tudor
Voici, pour récapituler, le sort de chacune :
- Catherine d’Aragon : mariage annulé, isolée, meurt en 1536 probablement d’une maladie.
- Anne Boleyn : mariage annulé, accusée de trahison, décapitée en 1536.
- Jane Seymour : meurt peu après avoir donné naissance au fils tant attendu, en 1537.
- Anne de Clèves : mariage annulé après six mois, vit libre et pensionnée jusqu’en 1557.
- Catherine Howard : accusée d’infidélité, décapitée en 1542.
- Catherine Parr : survit à Henri VIII, meurt en 1548 après un accouchement.
Ce que ces histoires montrent ensemble, c’est moins la cruauté d’un homme que le fonctionnement d’un système. Le corps des femmes à la cour Tudor n’appartient pas à ces femmes : il sert à produire des héritiers, à sceller des alliances, à incarner la légitimité du roi.
Celles qui n’y parviennent pas, ou qui deviennent gênantes, sont écartées – par l’annulation, l’exil ou l’exécution. La question n’est jamais vraiment « comment sont mortes les 6 femmes d’Henri VIII » – c’est pourquoi le système avait besoin qu’elles disparaissent.

